Le CO2 sera-t-il l’avenir de l’humanité ?

Oui, je sais, ce titre sonne comme une provocation, à l’heure où tous les constructeurs cherchent à réduire drastiquement les émissions de dioxyde de carbone de leurs autos, sous l’œil attentif (et plus ou moins intransigeant) des autorités européennes, pendant que les écologistes ont depuis longtemps tiré la sonnette d’alarme concernant le réchauffement (dérèglement ?) climatique. Il n’empêche : les chercheurs étudient des moyens de capturer le CO2 avant même qu’il ne soit rejeté dans l’atmosphère, et même à l’utiliser comme… source d’énergie ! De doux rêveurs ? Pas vraiment…

Si vous appréciez autant l’humour anglais que l’automobile, vous connaissez certainement l’émission britannique Top Gear. Lors d’un mémorable reportage, le présentateur Jeremy Clarkson avait “résolu” le problème des gaz à effet de serre en attachant… une vraie serre, remplie de plants de tomates dévoreurs de CO2, à l’arrière d’un Range Rover. Le résultat ? Pas franchement à la hauteur des espérances !

Mais si les facétieux journalistes de Top Gear n’ont pas vraiment réussi dans cette tentative, cela ne veut pas dire que le constat de départ est faux : le monde végétal est en effet un fort consommateur de CO2. C’est juste que Clarkson a choisi le mauvais type de plante.

Le CO2ube en action. Oui, je sais, ça n'a pas l'air très sérieux comme ça, et pourtant... © Ecoviate

Le CO2ube en action. Oui, je sais, ça n’a pas l’air très sérieux comme ça, et pourtant… © Ecoviate

En effet, deux jeunes prodiges ont fondé au Tennessee une startup baptisée Ecoviate qui développe un système baptisé CO2ube. Le principe ? Un embout rajouté à l’échappement contenant des algues qui captent le CO2 rejeté par le moteur. Ce filtre, censé durer 8 à 10 semaines, est remplaçable et recyclable.

Les flux gazeux à l'intérieur du CO2ube © Ecoviate

Les flux gazeux à l’intérieur du CO2ube © Ecoviate

Mais que faire de tout le CO2 déjà rejeté ? Il représente 0,04 % de notre atmosphère, valeur en constante augmentation du fait des activités humaines. Une autre startup, basée à Zurich celle-là, a peut-être une solution. Climeworks AG a mis au point une sorte de climatiseur qui capture le CO2 de l’air ambiant et le concentre jusqu’à une pureté de 99,5 %. L’appareil utilise des granulés de cellulose comme récepteur du dioxyde de carbone, et réclame beaucoup moins d’énergie que les systèmes précédents.

Le capteur de CO2 de Climeworks AG

Le capteur de CO2 de Climeworks AG

Que faire du CO2 capturé ? “Le dioxyde de carbone n’est pas un polluant, mais une ressource”, explique le Dr. Hagen Seifert, responsable des nouvelles énergies chez Audi, constructeur qui a signé un accord exclusif de coopération avec Climeworks AG. “Des pépinières peuvent l’utiliser, tout comme les fabricants de boissons gazeuses, et bientôt peut-être les constructeurs automobiles pour leurs systèmes de climatisation.” Le CO2 capturé peut également entrer dans le processus de fabrication de carburants synthétiques, comme le “e-gas” que promeut justement Audi. Bref, ce ne sont pas les utilisations qui manquent.

Jan Wurzbacher et Christoph Gebald, cofondateurs de Climeworks AG.

Jan Wurzbacher et Christoph Gebald, cofondateurs de Climeworks AG.

Mais ce n’est pas tout : le CO2 peut également être une source… d’électricité ! C’est en tout cas l’avis du chercheur néerlandais Bert Hamelers qui, avec ses équipes du Center for sustainable water technology de Leeuwarden, affirme avoir trouvé un moyen de faire réagir le dioxyde de carbone avec de l’eau et d’autres liquides tout en générant un flux d’électrons entre deux membranes. Or, qui dit flux d’électrons, dit courant électrique ! Selon Bert Hamelers, ce système permettrait de produire environ 1 570 térawatts d’électricité en utilisant le CO2 produit par les centrales électriques, les industries et les habitations. Pour donner un ordre d’idées, c’est environ 400 fois la production annuelle d’électricité du fameux barage Hoover, sur la rivière Colorado. Le tout, bien évidemment, sans ajouter une seule molécule de CO2 dans l’atmosphère !

Le barage Hoover (photo CC Flickr/rarvesen)

Le barage Hoover (photo CC Flickr/rarvesen)

Avouez qu’après avoir lu cet article, vous ne regarderez plus votre pot d’échappement de la même manière 😉

3 réflexions au sujet de « Le CO2 sera-t-il l’avenir de l’humanité ? »

  1. De très bonnes idées tout ça !
    Petites questions par rapport à l’embout d’échappement :
    – On voit un flux de fluide à l’intérieur, qu’est ce qui fait que le fluide se refroidit suffisamment ? L’algue accepterait-elle de telles températures.
    – Est-ce que ce processus est rapide ou est-ce qu’il nécessite un ralentissement des gazs d’échappements ? Parce que dans ce cas : baisse de puissance…
    Si vous avez ces réponses je suis preneur.
    Merci.

    • Bonjour Benjamin,

      – apparemment les (très) jeunes concepteurs de ce système ont sélectionné les variétés d’algues les plus efficaces pour capter le CO2 à hautes températures. D’un autre côté, les températures en sortie de silencieux sont nettement plus basses qu’en sortie de collecteur 🙂

      – sans forcément parler de ralentissement des gaz, il y a forcément des pertes par surpression dans la ligne d’échappement. D’un autre côté, vu que le système est tenu avec un simple serflex, je pense que la surpression en question est faible, tout comme la perte de puissance engendrée. Mais elle entraîne probablement une légère surconsommation.

  2. les ecolos vont faire des bonds s’ils ne peuvent plus taper sur les autos
    l’état fera de même s’il ne peut plus mettre des taxes bidons, mais il trouvera autre chose

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