La fin de la boîte méca arrivera par les technologies de sécurité

La tendance n’est pas bonne pour la boîte mécanique, plébiscitée par les puristes, détestée par les citadins, elle voit sa part de marché fondre comme neige au soleil année après année. Il faut dire que ses homologues automatiques ont, dans le même temps, fait d’énormes progrès. Pourtant, ce ne sont ni les chiffres de vente ni directement les voitures électriques qui finiront par avoir sa peau, mais plus probablement les technologies de sécurité et autres aides à la conduite.

Depuis quelques années, il ne s’agit plus de savoir si la fin de la boîte méca arrivera mais quand cette fin interviendra. Auparavant, les acheteurs préféraient les avantages en termes de performances et de consommation d’une boîte manuelle par rapport à une automatique, mais l’écart a été comblé dans les deux domaines, reléguant la boîte de vitesses manuelle, notamment chez les passionnés. 

Actuellement, le surcoût à l’achat de la boîte automatique empêche l’adoption de masse définitive sur les véhicules d’entrée et de milieu de gamme tandis que ce surcoût, plus négligeable proportionnellement sur les modèles haut de gamme, montre bien la tendance.

Il faut dire que ces véhicules plus haut de gamme sont également ceux qui embarquent le plus de technologies en tout genre, notamment toutes celles liées à la sécurité active et, bien souvent, celles-ci ne se marient pas, ou mal, avec les transmissions manuelles.

L’autonomisation n’aime que l’automatique

Au-delà de la voiture entièrement autonome, dite de niveau 5, qui n’arrivera pas de suite, les technologies actuelles permettent déjà de nombreuses assistances, notamment dans les embouteillages, non compatibles avec une boîte méca.

En effet, les systèmes Stop&Go, tel le Traffic Jam Assist du groupe Volkswagen, sont capables de faire avancer la voiture depuis l’arrêt et de la ralentir et/ou freiner jusqu’à l’arrêt, sans action de la part du conducteur. Mais pour ce faire, le véhicule doit avoir la main sur tout, de l’accélérateur au frein en passant par l’embrayage et la boîte de vitesse, puisqu’il gère l’ensemble du processus.

De facto, il est impossible de proposer ce système sur les véhicules pourvus d’une pédale d’embrayage et l’option est d’ailleurs non disponible sur de nombreux véhicules si nous ne cochons pas également la case « boîte auto ».

Néanmoins, ce système a beau se répandre, il y a peu de chance qu’il soit rendu obligatoire par les autorités à moyen terme.

Le freinage d’urgence automatique sera le bourreau

De nombreux constructeurs proposent encore des boîtes méca, pour diverses raisons. Chez Porsche ou Aston Martin, dans l’unique but de combler les passionnés du genre tandis que chez les généralistes il s’agit, comme évoqué plus haut, d’une question de coût. De nombreuses marques haut de gamme, de leur côté, ne proposent tout simplement plus ce type de transmission pour une raison évidente : la demande est trop faible.

Il est logique qu’un constructeur ne va pas engager des moyens financiers pour développer une boîte méca qui représentera 2 ou 3 % des ventes dans le meilleur cas. Mais, pendant que le mouvement est la baisse partout, quelques véhicules voient pourtant augmenter la demande d’un levier de vitesse et d’une troisième pédale. Sans doute un chant du cygne, l’envie de profiter encore un peu de ce plaisir. Chez Subaru et Toyota, la demande de boîte manuelles est à la hausse ces dernières années sur son duo ludique BRZ et GT86 par exemple.

Toyota GT86

Mais combien de temps ces constructeurs continueront à offrir ce choix lorsque les systèmes de freinage automatique d’urgence AEB (Autonomous Emergency Braking) seront rendus obligatoires. Les mécanismes de fonctionnement de ce système avec des transmissions automatiques étant beaucoup moins complexes que pour les voitures à boîte manuelles.

Le freinage automatique d’urgence, à ne pas confondre avec l’assistant au freinage d’urgence (AFU), permet au véhicule de freiner de lui-même en cas de détection d’un danger tel un autre véhicule ou, pour les plus avancer, cyclistes, piétons et certains animaux. Hors, ce système est plus efficace et agréable avec une transmission automatique puisque cela permet d’amener la voiture à l’arrêt tout en changeant les rapports si besoin.

Certains constructeurs le proposent tout de même sur leur modèle équipés d’une transmission classique, tel Mazda par exemple qui choisit de caler la voiture si l’embrayage n’est pas enfoncé tandis que d’autres constructeurs s’y refusent, pour des raisons techniques d’après certains et économiques d’après d’autres. Selon Subaru, par exemple, cela est dû au fait que leurs véhicules manuels n’ont pas de frein de stationnement électronique nécessaire pour empêcher le fluage (déformation d’un matériau) après l’engagement de l’AEB. Rendre ce système obligatoire, en plus de rendre irréalistes bien des courses poursuites à Hollywo

od, sonnerait probablement la fin de la boîte mécanique.

Le cas des véhicules hybrides

Un autre facteur qui poussera la boîte méca vers la tombe est l’électrification à marche forcée du marché automobile. S’il est évident qu’équiper un véhicule électrique d’une transmission manuelle n’a pas de sens, il en va de même pour les hybrides.

Jörg Trampler, du fabriquant de boîte de vitesse ZF, déclare que l’ajout du changement de vitesse manuel à une transmission hybride nécessite l’usage d’un embrayage électronique – e-embrayage – pour assurer une commutation transparente entre le moteur thermique et celui électrique. Il semblerait donc inévitable que les constructeurs décident de s’en passer et de ne pas satisfaire une petite bande d’irréductibles.

Ces systèmes d’aide et de sécurité, plus ou moins demandés et appréciés par les utilisateurs seront, tout ou partie, rendus obligatoires à terme et marqueront un jalon de plus dans une longue série de changements dans l’industrie automobile qui sonneront le glas de la boîte de vitesses manuelle. 

2 thoughts on “La fin de la boîte méca arrivera par les technologies de sécurité

  1. Le tout électrique – tout électronique génèrera des voitures chères à l’achat (25 m€ mini pour les premiers prix) et des voitures onéreuses à l’entretien passées 10 ans : pannes à répétition de tous ces systèmes automatiques de plus en plus nombreux dans les véhicules.
    Cumulé à la chute des performances des batteries dans le temps, très onéreuses à remplacer, les voitures ne seront plus faites pour durer. Le budget auto deviendra alors très important.
    Des conséquences sociales en perspective ?

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