Sportives : quel avenir pour la filière française ?

Le malus écologique va encore augmenter en 2021 et 2022, et son plafond sera à nouveau relevé. Plus que jamais, l’automobile sportive française va devoir se réinventer pour survivre. Y parviendra-t-elle ?

Chaque année, c’est le même cirque : le gouvernement présente son projet de loi de finances (PLF), lequel inclut notamment le barème du malus écologique. Et à chaque fois, c’est l’angoisse pour le secteur automobile, qui ne sait jamais à quelle sauce il va être mangé. De combien le seuil de déclenchement va être abaissé ? Quelle sera la progressivité du malus ? À quel niveau se situera le plafond ? Y’en aura-t-il seulement un ? Pour une industrie de temps long, où développer un nouveau modèle réclame de trois à cinq ans, cette incertitude continuelle est ingérable.

Cette fois-ci, le gouvernement a décidé de voir un peu plus loin qu’au 1er janvier prochain, car ce n’est pas un mais deux barèmes qu’il a présenté : celui de l’année prochaine, mais aussi celui de 2022, histoire de donner la visibilité minimale que n’osait plus espérer le secteur automobile. Autre bonne nouvelle, l’idée d’un malus assujetti au poids des véhicules semble écarté, du moins pour le moment. Mais la joie de la filière n’aura été que de courte durée, car c’est bien d’un nouveau tour de vis dont il s’agit, avec un seuil de déclenchement en baisse de 7 g/km de CO2 (123 au lieu de 131 actuellement), et des montants qui suivent une progression logarithmique, jusqu’à un plafond relevé de 20 000 à… 40 000 € pour les véhicules émettant plus de 225 g/km de CO2 ! Et ce sera encore pire en 2022, avec un plafond fixé à 50 000 €.

Barème du malus 2021 (source : Les Échos)

Pour Renault Sport, l’un des fleurons de l’automobile sportive tricolore, c’est le dernier clou dans le cercueil. L’ultime modèle de la gamme, la Mégane R.S., écopera en effet d’un malus de 7 851 à… 13 109 € ! Ajoutez-y la TVA, et on arrive à 22 500 € de taxes, sans compter les frais de carte grise. Pour un modèle affiché 47 300 € prix catalogue, c’est un arrêt de mort. Du côté de la marque au Lion, la Peugeot 308 GTi s’en sort mieux : grâce à son homologation à 169 g/km de CO2, elle limite son malus à 3 331 € (soit tout de même une hausse de 1 282 € par rapport au barème 2020). Mais peu importe : la fin de carrière de cette 308 approche, et la production de la version GTi va bientôt cesser. Peugeot préfère passer à autre chose.

Renault Mégane R.S. Trophy
Renault Mégane R.S. Trophy

Et cette autre chose, c’est le nouveau label Peugeot Sport Engineered, ou PSE, centré autour de ce que le constructeur appelle la « néo-performance ». Entendez par là du sport « responsable ». Rouler vite, pourquoi pas, mais en restant un minimum écolo ! Concrètement, cela se traduit par la 508 Peugeot Sport Engineered, une hybride rechargeable revendiquant 360 ch et capable de se mouvoir de façon 100% électrique sur 42 km et n’émettant que 46 g/km de CO2 sur le cycle d’homologation. Mais, pour avoir essayé un prototype, je peux vous garantir que l’on est loin de l’univers des GTi : la 508 PSE est une berline rapide et dotée d’un comportement routier très efficace, mais délivrant des sensations fort édulcorées. Et impossible de faire totalement abstraction de ses 1 850 kg à vide… Reste que la 508 PSE a un gros atout dans sa manche, notamment pour le marché français : grâce à sa motorisation hybride rechargeable, elle échappe au malus écologique ! Ce qui permet de prédire qu’elle ne fera pas un flop chez nous, voire – qui sait ? – qu’elle connaîtra même le succès dans l’Hexagone.

Peugeot 508 Peugeot Sport Engineered

Or, contrairement à l’adage, il faut d’abord être prophète en son pays pour espérer prospérer ailleurs. Ainsi, le marché français a toujours été fondamental pour Renault Sport, qui a pu se reposer sur de solides ventes dans sa terre d’élection pour bâtir le modèle économique de ses sportives, sans avoir à trop compter sur d’incertaines exportations. Mais cette belle mécanique est grippée par l’étouffante fiscalité française, qui condamne tout modèle un tant soit peu émetteur de CO2. Et peu importe que ce dernier roule beaucoup ou pas : l’État préfère un modèle à 130 g/km qui parcourt 20 000 km par an qu’un autre qui rejette 260 g/km de CO2 mais roule deux fois moins. Pourtant, au final, le résultat net est identique. Pénaliser la propriété et non l’usage, telle a toujours été la logique ubuesque du malus écologique !

Émoi(s) d'adolescent(s) : la Peugeot 205 GTI 1.9
La grande époque des GTI françaises : de l’histoire ancienne.

Le résultat, on commence à le deviner. La Clio actuelle n’aura pas de déclinaison Renault Sport, et si la Mégane R.S. revient dans une nouvelle génération, elle sera probablement hybride rechargeable, c’est à dire plus lourde, moins sportive et moins amusante. Quant à la future 208 GTi, ce sera probablement une Peugeot Sport Engineered 100% électrique, sans doute performante, mais lourde elle aussi, et à l’autonomie très réduite en conduite sportive. Autant dire que le savoir-faire des ingénieurs châssis va être mis à rude épreuve pour faire en sorte que ces modèles offrent des qualités dynamiques dans la lignée de leur prédécesseurs… en admettant que ce soit seulement possible. L’arbre généalogique des GTI tricolores, de la Peugeot 205 à la Renault Mégane R.S. Trophy-R, en passant par les R5 GT Turbo, 306 S16 et autres Citroën Saxo VTS, risque bien d’en rester là.

7 réflexions au sujet de « Sportives : quel avenir pour la filière française ? »

  1. Eh oui, les temps changent. Pour les nostalgiques des GTI il y a de très bonnes occasions, pour les autres il y a le vélo électrique, moyen de transport du XXI siècle. Bon évidemment il faudrait pouvoir les transporter facilement dans tous les trains à n’importe quelle heure.

  2. Ce que les constructeurs japonais, coréens et bientôt chinois n’ont pas encore fait, les normes européennes et les Kmers verts vont le réussir, détruire l’industrie automobile européenne, son histoire et la passion…!

  3. En effet, la voiture sportive est la victime collatérale du fait que la plupart des personnes qui ont besoin d’un moyen de transport restent scotcher aux anciennes technologies. Du coup, l’état est obligé de contraindre… et sans cela on aurait encore une majorité de citadine roulant au diesel.
    D’accord pour dire que baser le malus uniquement sur le CO2 est une inepsie. Il faudrait un bouquet CO2,NOx… et SCx, car une armoire normande quelque soit son moyen de propulsion sera toujours surconsommatrice d’énergie (à la fabrication comme à l’utilisation).

  4. Pour ce quie est de Renault Sport, on connait la suite : ça sera juste des kit carrosseries… les voitures sportives seront sous la marque Alpine, où les tarifs de basent seront bien plus haut (et au prorata le malus sera moins douloureux).
    Pour les petites bourses, il reste le marché de l’occasion, qui regorge de voiture ultra-efficace et qui vieillissent super bien.

  5. Les passionnés devront se rabattre sur l’occasion ou de puissants Pickups pour échapper au racket qui n’est justifié que par la volonté de flatter la jalousie de ceux qui, par ailleurs, vivent d’allocations au détriment de ceux qui font des efforts. Ces véhicules seront moins surs que du neuf dans un pays où, par ailleurs, on rackette aussi les honnêtes gens sous le fallacieux prétexte de sécurité routière…
    Toute cette atteinte à la passion et à la liberté est insupportable. Dès que l’on pourra à nouveau voyager, direction l’étranger pour y louer des voitures passion et y dépenser de l’argent qui ne finira pas, via les taxes françaises, en financement de l’assistanat démagogique pour influer sur les votes de certains « Français » plus parasitaires qu’utiles au pays.

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