Voitures électriques : la nouvelle vague

Jaguar I-Pace

Jaguar I-Pace

Cela faisait six ans que Tesla avait le monopole de la voiture électrique haut de gamme. Cet état de grâce touche à sa fin : la riposte des constructeurs « historiques » arrive enfin. Et c’est une véritable déferlante.

« Les gens ne comprennent pas à quel point il est compliqué de produire quelque chose », déclarait le patron de Tesla, Elon Musk, voici quelques années. Entre temps, l’entrepreneur continue sa fuite en avant (camion, nouveau Roadster, coup de pub de la voiture dans l’espace) pour tenter de faire oublier les délais de livraison qui s’allongent (les premiers Model 3 européens ne seront pas remis avant début 2019… si tout va bien !), une montée en cadence qui tarde (Tesla n’a produit que 2 425 exemplaires de Model 3 en décembre dernier, contre 20 000 initialement prévus) et une qualité toujours pas au niveau, comme en témoignent nombre de posts sur Reddit et autres vidéos sur YouTube.

Tesla Model 3

Tesla Model 3

Musk semble d’ailleurs se désintéresser progressivement de Tesla. Ces derniers temps, ce sont surtout ses autres « bébés » qui le passionnent, à l’image de SpaceX et son lancement réussi de la massive fusée Falcon Heavy, ou de la Boring Company, qui a pour objectif de creuser des tunnels sous les villes afin d’y faire circuler des voitures à grande vitesse. Du coup, le best-seller historique de Tesla, la Model S, commence à accuser le poids des ans : malgré un petit restylage et de subtiles évolutions au cours de sa carrière, elle va bientôt fêter ses six ans…

L'usine Tesla de Fremont (Californie)

L’usine Tesla de Fremont (Californie)

Pendant ce temps là, les constructeurs « historiques » ont eu le temps de prendre la mesure du phénomène. S’ils regardaient au début avec un intérêt amusé les aventures de Tesla, ils ont rapidement constaté qu’il y avait vraiment une demande pour des modèles électriques stylés, performants et dotés d’un riche contenu technologique. L’intérêt croissant des politiques pour la propulsion décarbonée et le scandale du Dieselgate ont contribué à accélérer le mouvement.

Révélation du Jaguar I-Pace de série.

Révélation du Jaguar I-Pace de série.

Surprise : la première salve ne vient pas d’Allemagne, mais du Royaume-Uni ! C’est en effet Jaguar qui a dégainé le premier avec l’I-Pace, premier modèle 100% électrique du groupe JLR, dévoilé à Genève. Sur le papier, ce nouveau modèle semble bien parti pour tailler des croupières à la Tesla Model S : il s’affiche à un tarif compétitif (à partir de 78 380 €, contre 79 200 € pour une Model S), revendique 400 ch et 696 Nm (contre 428 et 660) et embarque dès le modèle de base une batterie d’une capacité de 90 kWh (75 pour la Model S 75D). Du coup, Jaguar annonce une autonomie de 480 km dans le cycle WLTP, quand la Model S 75D est homologuée pour 490 km dans l’ancien cycle NEDC, qui avait tendance à largement surévaluer les performances des véhicules.

Concrètement, cela veut dire que l’avance technologique de Tesla n’existe plus : Jaguar Land Rover fait déjà virtuellement jeu égal en termes de rapport prix/prestations. Le groupe britannique n’a pourtant pas la puissance de feu de certains géants d’Outre Rhin. Car, de ce côté là aussi, la riposte se prépare. Et c’est une affaire de gros sous :  6 milliards d’ici 2022 pour Porsche, plus de 20 milliards pour le groupe Volkswagen, 35 milliards en 7 ans pour Daimler ! Autant dire qu’en termes de recherche et développement, ce n’est plus une offensive, c’est un blitzkrieg !

Le concept-car Audi e-tron Quattro (2015)

Le concept-car Audi e-tron Quattro (2015)

Et la première nouveauté premium 100% électrique allemande arrivera dès le printemps 2018, sous la forme de la version de série du concept-car Audi e-tron Quattro. Audi a toujours montré un intérêt particulier pour l’électromobilité, et cela se concrétisera par ce SUV revendiquant 435 ch et doté d’une batterie de 95 kWh offrant une autonomie supérieure à 500 km.

Chez Mercedes, on ne reste pas les bras croisés non plus. Histoire de « polluer » un peu le lancement du Jaguar I-Pace, la marque à l’Étoile a d’ailleurs révélé au même moment les photos des tests « grand froid » de son futur crossover électrique EQC, qui sera lancé l’année prochaine. Inspiré du concept-car Generation EQ dévoilé à Paris en 2016, il devrait afficher jusqu’à 400 ch et 500 km d’autonomie.

Le Mercedes EQC en cours de mise au point.

Le Mercedes EQC en cours de mise au point.

Mais c’est bien évidemment Porsche qui place la barre le plus haut avec la Mission E ! Ce coupé quatre portes électrique se fera désirer (sa commercialisation n’est pas attendue avant 2020), mais les dernières indiscrétions laissent penser qu’il affichera des niveaux de puissance record : jusqu’à 680 ch ! De quoi s’afficher comme la référence des sportives électriques.

Porsche Mission E

Porsche Mission E

En clair, Elon Musk doit avoir quelques nuits blanches ! Néanmoins, on peut se poser la question de la pertinence de modèles électriques offrant une telle autonomie. Pouvoir effectuer de longs voyages (presque) d’une seule traite est effectivement rassurant. Mais est-il bien raisonnable de trimballer une demi-tonne de batteries sur autoroute, à des allures qui conviennent mal à un moteur électrique qui s’y montrera très énergivore ? Ne vaut-il pas mieux un bon vieux réservoir d’essence (ou de diesel) avec un classique moteur thermique, éventuellement complété d’une hybridation pour les trajets urbains ? La question mérite d’être posée, sur le plan technique comme pour l’aspect environnemental. Mais toute l’industrie ainsi que les États semblent déjà y avoir répondu…

9 réflexions au sujet de « Voitures électriques : la nouvelle vague »

  1. Tesla a encore une avance conséquente : d’abord un réseau de Superchargeurs dense et efficace. Entre une Tesla et ce réseau d’un côté et de l’autre un véhicule aussi intéressant mais sans bornes adaptées, le choix sera vite fait. Et l’écran de Tesla et sa cartographie sont incomparables. Et ne parlons pas de l’autopilot…
    Enfin, plus généralement, un long voyage en véhicule électrique est beaucoup agréable et reposant qu’avec un thermique.

  2. En effet, le tout électrique n’est pas une solution globale. Le meilleur compromis qui existe actuellement est le PHEV, le moteur thermique avec une petite autonomie de 30 a 50 km en tout électrique qui suffira a couvrir la majorité des déplacements quotidien. Puis le futur remplacera le moteur thermique par une pile a combustible, mais ca restera un véhicule type PHEV, avec des tailles de batteries modérées.
    Je pense que l’engouement du tout électrique est une erreur qui va se payer cher dans un futur proche (production batterie, recyclage, emission globale de CO2 plus élevée et émise avant le 1er km parcouru, production de particules fines par l’usure des pneus et des plaquettes …)

    • La pile à combustible n’est qu’une façon de stocker de l’énergie électrique dans un réservoir d’hydrogène; ce n’est pas un moteur qui transforme un carburant en énergie mécanique. Donc, on ne peut pas appeler une voutire à hydrogéne « PHEV ». Mais c’est vrai que la pile à combustible remplace partiellement une batterie de grande taille.
      Toutefois, la pile à combustible à hydrogène n’a aucune chance de devenir une solution rentable pour les voitures. Son rendement énergétique est à peine supérieur à celui du diesel, aux alentours de 30% maximum; son prix de revient kilométrique et son coût de fabrication prohibitifs l’interdisent clairement. Tout au plus en verra-t-on dans des camions longue distance ou dans les bateaux, mais rien n’est moins sûr…
      Quant aux émissions de CO2 des voitures électriques, il est maintenant clairement prouvé qu’elles sont aux moins deux fois plus faible que sur une voiture thermique, même dans les pays où l’électricité est encore faite au charbon, comme en Pologne.
      Et les voitures électriques n’usent jamais leurs freins, donc très peu de particules de plaquettes sont générées (typiquement 10 fois moins que sur une auto classique).

      • Etude de l’ADEME sur les bilans énergétiques des véhicules électriques (VE) et des véhicules thermiques (VT):
        http://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/90511_acv-comparative-ve-vt-resume.pdf
        Le VE obtient un clair avantage uniquement dans le scenario ou la production d’électricité est a faible emission de CO2. Sinon, le VE émet le double de CO2 pour sa production (dont 1/3 sur la batterie), et ne comble ce retard qu’après 100 000 km… Donc pour la France avec ses centrales nucléaires, le VE a un avantage, mais au niveau mondial, le VE perd de son intérêt. A moins d’accumuler de grand kilométrage (chose qui semble difficile actuellement a cause des problèmes d’autonomie et de recharge).

        Sinon pour le « PHEV » a pile a combustible, je me suis mal exprimé. Evidemment le moteur thermique sera remplacé par un moteur électrique, mais le véhicule n’aura pas besoin de grosse et lourde batterie. Et pour le faible rendement, il faut laisser le temps faire son effet. Si vraiment cette solution était aussi décevante, il n’y aurait pas actuellement 7 modeles de piles a combustibles commercialise. (https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_fuel_cell_vehicles)
        Il suffit de regarder l’evolution des véhicules hybrides depuis la premiere Prius, il y a 20 ans !

  3. Pas d’usure de plaquette de frein sur les ED. Récupération d’énergie au freinage. Les voitures électriques en stationnement branchées vont permêtre le développement des énergies renouvellables grâce au stokage de l’énergie dans leur batterie.(smart grid)

    • Encore des idées préconçues de gens qui n’ont jamais conduit de voiture électrique…de toute façon il n’y a pas d’autre alternative face au dérèglement climatique, les chinois l’ont compris ils investissent massivement dans l’électrique c’est un problème de santé publique…
      De notre coté nos gouvernements afin de ménager nos constructeurs nationaux laissent encore une fois passer le train de l’électrique.
      Il ne faudra pas ce plaindre quand les chinois nous envahirons de leur VE!
      quand à l’hybride c’est une usine à gaz provisoire invendable dans 5 ans

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